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Exmes, La chapelle Saint-Godegrand-Sainte-Opportune et la Libération du Pays d'Auge

Exmes. La chapelle Saint-Godegrand-Sainte-Opportune

Exmes. La chapelle Saint-Godegrand-Sainte-Opportune

Photo Y. Lescroart

 

 

 

En complément au dossier consacré à Exmes dans le numéro 5, septembre-octobre 2014, de la revue Le Pays d'Auge, une histoire de la chapelle Saint-Godegrand-Sainte-Opportune pendant la 2e guerre mondiale.

 

 

 

Un prêtre a beaucoup œuvré pour la vie spirituelle et l'entretien du site de la chapelle, l'Abbé Louisfert, curé d'Exmes.

 

Les vêpres étaient célébrées à la chapelle et un pèlerinage avait lieu le premier dimanche de septembre, voici un extrait des chants qui accompagnaient la procession qui partait de l'église puis empruntait les rues du village jusqu'à la chapelle :

 

« O toi qui nous aimes, bon saint Godegrand, de ton pays d'Exmes, bénis tes enfants »

 

« Douce mère Opportune, étends sur nous ton bras, au jour de l'infortune, ne nous délaisse pas »

 

Pendant la seconde guerre la ferveur religieuse vis à vis de ces deux saints ne s’est pas démentie ; voici un extrait de l'allocution de l'abbé Louisfert le 17 août 1944, qui en témoigne :

 

 « ..Voilà vingt mois, à la suite d'une occupation militaire qui avait laissé à tout le monde de cuisants souvenirs, quelques personnes dont le nombre allait croître bien vite, prirent spontanément l'initiative de venir prier ici, chaque dimanche, avant les vêpres, prier saint Godegrand et Sainte Opportune, afin qu'ils nous préservent à l'avenir, du retour des. indésirables locataires.

 

Or, à partir de ce moment-là, il semble qu' Exmes ait été rayé de la liste des cantonnements.

 

A part quelques groupes isolés et les troupes de passage, nous n'avons eu aucune occupation proprement dite, tandis que les fameux SS foisonnaient dans le voisinage, et s'y faisaient redouter par leurs déprédations, quand ce n'était pas par leur brutalité.

 

En juin dernier, à l'annonce du débarquement allié en Normandie, et des bombardements qui l'accompagnent, notre pèlerinage du dimanche devient quotidien.

 

Certains jours, il rassemble jusqu'à 70 personnes, et pas une seule fois, même par le plus mauvais temps lorsque l'accès de la chapelle devient très difficile, pas une seule fois, il n'est interrompu.

 

Quelle va être la réponse du ciel ?... la voici :

 

Pendant deux mois, juin et juillet, les convois allemands traversent notre bourg de jour comme de nuit ; souvent au tournant du presbytère, ils se trompent de route et font à travers nos rues des allées et venues qui semblent interminables, surtout quand on entend en même temps, le bourdonnement des avions anglais ou américains.

 

Certain dimanche, il m'en souvient, vingt à trente camions chargés d'essence, stationnent un bon moment tout au long du faubourg, et pas une seule fois nous n'avons eu de mitraillage ni rien de semblable dans l'agglomération, alors que par ailleurs, il suffit souvent d'un ou deux véhicules passant sur la route, pour déchaîner des rafales de balles incendiaires ou même des attaques à la bombe, qui laissent toujours après elles des dégâts, quand ce n'est pas des victimes.

 

Au mois d'août, la guerre se rapproche de nous, après avoir porté la dévastation dans le Calvados et la Manche... Ici, comme partout évidemment, on se demande avec angoisse comment les choses vont se passer... Pourvu que les Allemands ne songent pas à se retrancher sur nos hauteurs, où l'aviation adverse viendrait les pilonner... en bouleversant le pays !

 

Au fait, les quelques communiqués que l'on a pu avoir en fraude naturellement, ont parlé souvent de combats acharnés autour de positions stratégiques semblables à la nôtre... (Exemples: le Mont Pinçon aux environs de Thury-Harcourt, et les abords de Mortain)... Et cela donne bien à réfléchir... Cela donne aussi une occasion de redoubler de ferveur et de confiance envers saint Godegrand et sainte Opportune.

 

Le dimanche 6, nous commençons une neuvaine qui doit se terminer le 15 août.

 

« Si seulement, dit une des personnes présentes à la première réunion, si seulement nous pouvions finir cette neuvaine avec les Américains chez nous ! »

 

Tout le monde partage ce souhait, ce désir, mais hélas, au cours de la semaine, au lieu des libérateurs attendus, c'est un groupe de SS qui réapparaît pour organiser ici un soi-disant tribunal militaire.

 

Déjà, ils s'installent, réquisitionnent des locaux, font des menaces lorsque les choses ne vont pas assez vite ou à leur gré, et puis, brusquement, le samedi 12 dans la matinée, ils déguerpissent devant l'avance foudroyante des alliés.

 

Or, cette fois-là, nous l'avons échappé belle et de justesse, car le fameux tribunal militaire n'était qu'un prétexte – un des prétextes invoqués en maints endroits, nous l'avons su depuis – pour se mettre à pied-d'oeuvre, faire évacuer la population, appliquer une sorte de loi martiale, piller les maisons et, à l'occasion, tout incendier.

 

Joué-du-Bois, dans le canton de Carrouges, et d'autres localités, en ont fait la triste expérience.

 

Entre temps, les événements se précipitent: la retraite allemande s'accélère et pendant toute la journée du 12, nous voyons repasser en sens inverse les convois de la Wehrmacht. On dit que les Américains sont tout près... Arriveront-ils assez vite pour empêcher les autres de s'accrocher chez nous ?

 

Ils approchent en effet, mais ne pouvant imaginer – ils nous le diront plus tard – que l'ennemi ait abandonné une position pareille, ils commencent par tâter le terrain avec l'artillerie.

 

Quelques obus, sur tous ceux qui vont être tirés pendant la nuit du 12 au 13, tombent sur Exmes et sur le village de la Briquetière à Ginay.

 

Il y a quelques dégâts de part et d'autre, et deux blessés... deux blessés seulement, alors que, dans un cas au moins, toute une famille rassemblée dans sa maison quand le premier projectile vient éclater à l'intérieur, aurait pu être décimée. Au prône de la grand'messe, puisque c'est dimanche, nous faisons un vœu à saint Godegrand et à Sainte Opportune afin qu'ils nous gardent des risques et des dévastations de la guerre dont nous venons d'avoir en quelque sorte un échantillon.

 

Et cette fois, la réponse suit de près la demande !

 

Vers midi, apparaît la première patrouille américaine. Elle arrive juste à temps car, deux heures plus tard, les Allemands que l'on croyait tous partis plus loin, et qui restent disséminés dans la campagne, reviennent en éclaireurs avec l'intention évidente de réoccuper le terrain.

 

Ils en sont pour leurs frais, car les entrées du bourg sont gardées. Elles le seront encore mieux le soir lorsque les chars marqués d'une étoile blanche déboucheront par la route du Pin, et c'est ainsi que le 15 août, des soldats américains catholiques récitaient le chapelet avec nous à la chapelle, pour la clôture de notre neuvaine !

 

Le souhait exprimé neuf jours auparavant se trouvait magnifiquement exaucé... »

 

 

 

Pascale ANDROUARD et Yves LESCROART

Biblio : Bulletins paroissiaux Le Petit Hiemois.

 


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  • Modérateurs : Jean Bergeret
  • Dernière mise à jour : 26/08/2014