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IV – Ruines


Il existe dans la circonscription des trois paroisses, objets de cette notice, peu de ruines remarquables. On remarque encore les restes du château de Malmains à Saint-Benoît et ceux du château de la Falaise à Saint-André. Nous dirons quelques mots de l’origine de ces monuments ; d’autres ruines moins apparentes seront également l’objet d’une discussion, telles que les ruines du vieux château de Saint-André et celles du bourg de la même paroisse et de la villa de Noron. Nous ne devons point oublier de faire mention de deux églises ou chapelles qui ont été détruites.

Les ruines du château de Malmains indiquent une ancienne forteresse ; la façade devait avoir 30 à 40 mètres de longueur, les murs sont d’une épaisseur considérable et il en reste encore un pan de près de 20 pieds d’élévation. Il n’y a pas eu beaucoup de pierres de taille employées à sa construction. On s’est alors servi de petits cailloux qu’on a dû trouver à l’endroit même et l’on a composé une sorte de béton qui a acquis une solidité à l’épreuve des siècles.

Au-delà du ruisseau qui coule au bas de l’éminence où se trouve la forteresse, on remarque sur la côte opposée et à l’entrée de la forêt, les traces d’un vaste retranchement et l’on dit qu’autrefois il y avait au centre de ce camp retranché une chapelle qu’on appelait la chapelle de Malmains.

La ruine de Malmains est située sur la paroisse de Saint-Benoît et fait partie de la propriété de M. Sandret de Trianon tandis que la chapelle aurait appartenu à la paroisse de Vieux-Bourg. Aujourd’hui l’emplacement de la chapelle et du camp de Malmains font partie du domaine de la forêt de Touques.

Il paraît que, dans son expédition d’Angleterre, le duc de Normandie était accompagné d’un seigneur de Malmains et l’on dit qu’il existe encore des seigneurs de ce nom dans la Picardie.

J’ai lu dans une notice que Jean sans Terre fit bâtir en 1202 un château à Trianon. Ce mot signifie Triple métairie. Or la maison qu’on appelle aujourd’hui de Trianon n’est pas un château. C’est un édifice en bois tout moderne. La seule ruine qu’on remarque dans la propriété de Trianon, c’est la ruine de Malmains. N’est-il pas permis d’en conclure que le château de Jean sans Terre est le château de Malmains qu’on aura pu appeler d’abord château de Trianon et ensuite de Malmains ou bien simultanément de ces deux noms. Il s’ensuivrait que, dans ces trois métairies possédées par Jean sans Terre, il y avait un endroit appelé Malmains où il aurait fait construire son château de Trianon.

Quoiqu’il en soit, ce mot de Malmains qui est d’origine latine dénote une haute antiquité et comme l’étymologie n’est pas fort honorable, il est à croire qu’on aura répudié cette dénomination tant soit peu sauvage de seigneur de Malmains. Aussi la famille de Sandret qui possède cette ruine depuis des siècles a préféré le nom mieux sonnant de Trianon quoiqu’elle fût en réalité seigneur de Malmains.

La principale ruine de Saint-André-d’Hébertot est le château de la Falaise ainsi appelé sans doute à cause des hauteurs du voisinage. Ce château a été totalement détruit avant la révolution. Il ne reste plus que le plateau sur lequel il était construit et les fossés profonds dont les bords sont murés en pierre de tuf. On voit encore un colombier tout en brique parfaitement conservé et un petit étang ou réservoir assez poissonneux.

Cette terre appartenait à l’abbaye de Cormeilles qui fut fondée en 1060 par Guillaume, fils d’Osbern et par Adelize, sa femme. C’est donc depuis cette époque que la Falaise a été l’objet de la donation. Mais quel est le donateur, c’est une question à laquelle il n’est pas facile de répondre.

Ne serait-ce point Guillaume Osbern lui-même ? L’histoire fait mention d’un Osbern qui accompagne Rollon dans la conquête de la Normandie et qui eut pour récompense toutes les terres riveraines de la Calonne jusqu’à Cormeilles. Ce seigneur s’étant fait baptiser avec Rollon, sa famille devint chrétienne et elle fonda cette abbaye dont Robert Osbern fut le premier prieur.

Mais c’est toujours une question de savoir si la Falaise était comprise dans le domaine de cette famille ou des femmes qui lui étaient alliées.

La tradition populaire en ferait le don du chevalier Louvet. On dit que ce seigneur, irrité du privilège qu’avait l’abbaye de s’approvisionner la première à la poissonnerie tua dans un accès de fureur le frère cellérier et se disposait même à mettre le monastère à feu et à sang. Les moines qu’on avait prévenus eurent l’heureuse idée de venir en procession devant ce nouvel Attila. Ce spectacle suffit pour désarmer sa colère, le loup devint un agneau, une croix fut plantée au point de rencontre et elle porte encore le nom de croix Louvet. C’est en réparation de son crime que le chevalier aurait donné au monastère le château de la Falaise qui lui appartenait.

Quoiqu’il en soit, M. de Condorcet, évêque et comte de Lisieux, supprima dans l’année 1777 l’abbaye de Cormeilles et il affecta les revenus de la ferme de la Falaise et des autres terres à la donation des frères des écoles chrétiennes et à l’entretien du grand séminaire.

Il est certain qu’il y avait, à Saint-André-d’Hébertot, un manoir appartenant aux ducs de Normandie. Ce manoir a été visité par Guillaume le Conquérant, Henri I, Henri II, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre. Ce dernier se rendit le 31 mai 1200 de Saint-André-d’Hébertot à Troarn et en 1202 le 28 décembre il revint encore au manoir de Saint-André-d’Hébertot qu’il quitta le lendemain pour retourner à Troarn.

Ce manoir devait être situé près de la fontaine Vimont, à peu de distance de la voie romaine dans un lieu favorable pour la construction, à très peu de distance d’une église et d’un bourg et dans le voisinage d’un relais de poste et d’une hôtellerie. Or toutes ces conditions se trouvent réunies pour l’emplacement actuel du château d’Hébertot. Il est même tout à fait probable que les fossés qui existent sont ceux du vieux manoir car on sait que, dans le moyen-âge, les châteaux étaient des forteresses environnées d’eau avec lesquelles on communiquait au moyen de pont-levis.

Si ces raisons ne semblaient pas encore convaincantes, il en est encore une autre qui fixe nécessairement la position du château ducal dans le voisinage de la source de Vimont. On a découvert dans le petit bois situé au nord de cette fontaine les fondations en caillou d’un édifice circulaire. L’épaisseur de ce mur approche de 2 mètres et les ondulations du terrain d’alentour indiquent assez les ruines de ce bâtiment. Qu’est ce donc que ce bâtiment circulaire si ce n’est un colombier. Or un colombier ne peut pas, ne pouvait pas exister sans un château, sans un manoir seigneurial : le château d’Hébertot devait donc être dans le voisinage du colombier, de l’église et de la fontaine.

Une particularité assez remarquable c’est qu’au bas de la colline sur laquelle était construit ce colombier, on a trouvé, en faisant des fouilles, des tuiles à rebords, très épaisses avec beaucoup de petites tuiles faîtières qui devaient être fixées sur les tuiles plates et en couvrir les saillies. Ces débris de couvertures proviennent, probablement, de la ruine de ce vieux colombier.  J’ai trouvé, aussi dans la fouille à 5 pieds de profondeur, de la cendre de charbon et je conserve une tuile à rebords d’un poids énorme.

Les dictionnaires géographiques anciens et modernes mentionnent le bourg de Saint-André-d’Hébertot ou d’Hébertot en Normandie quoique ce bourg ne subsiste plus depuis longtemps. On ignore l’époque précise de sa destruction. La tradition populaire indique qu’il a été incendié. Il paraît constant du reste que ce bourg subsistait encore en 1622. Un titre de cette date et d’autres d’une époque plus reculée placent ce bourg auprès d’un champ appelé le clos-billon, sur le chemin du roi, vers l’embranchement du chemin de Cormeilles. Il y avait aussi un chemin nommé le chemin du bourg. C’était, peut-être, le chemin qui accédait de ce point à la fontaine et à l’église. L’auberge Saint-François, qui était fort connue anciennement des voyageurs, était située à l’ouest de ce bourg sur le chemin du roi. On y trouvait un relais. Elle a été tenue longtemps par une famille Ponchot qui a laissé son nom à une ruelle accédant de l’auberge à l’église et qu’on appelle encore la rue Ponchot.

Il résulte des fouilles qui ont été faites dans la cour de Fatouville et qui ont mis à découvert des tuiles, du fer, de la poterie qu’il y avait près du grand chemin une certaine agglomération d’habitations. Autrefois cette cour était divisée en une multitude de petites portions pourvues de maisons, ce qui annonce en cet endroit un centre d’activités et, par conséquent, une bourgade plus ou moins importante. J’ai lu un mémoire de la duchesse de Montpensier contre le duc de Gêvres et le chevalier de Nollent-Fatouville portant la date de 1692. On y accuse les chevaliers de Nollent, à tort ou à raison, d’avoir expulsé à différentes époques 6 ou 7 familles pour agrandir leur cour de Fatouville. La population se portait donc sur ce point de préférence à cause du bourg sans doute. Quoiqu’il en soit, il est certain que le bourg a existé et tous les titres du château, depuis 300 ans, n’ont pas pu en faire mention s’il n’existait pas.

On rencontre aussi dans la campagne de Saint-Benoît des restes de constructions tels que des fragments de briques, de pavés, etc. Cet endroit est appelé, par les cultivateurs, la Ville de Noron. C’était probablement l’emplacement d’un petit monastère ou prieuré des Bénédictins dont parle Ordéric Vital. Il dit que Robert de Blangy, abbé de Saint-Evroult, obtint, vers l’an 1160, du pape Alexandre III une bulle confirmant, en faveur de cette abbaye, la création ou la possession de tous les petits monastères, établis par elle ou pour elle à Noron. On ignore l’époque de la destruction de ce monastère, peut-être a-t-elle eu lieu dans les invasions du XIVe siècle ou dans les guerres religieuses du XVI?

On sait qu’il existait autrefois une foire et un marché d’une certaine importance au hameau de la Gohaigne. C’est probablement le monastère de Noron, comme toutes les abbayes, qui aura donné naissance à ces assemblées d’hommes car la métairie de Noron touche au village de la Gohaigne[1].

La chapelle de Saint-Marc ou léproserie de Saint-Marc était située dans le hameau du Hutrel. Ce nom figure dans les pouillés du diocèse de Lisieux dans le doyenné de Touques. Il y a encore aujourd’hui un herbage qui s’appelle la maladrerie du Hutrel. C’est sans doute pour conserver le souvenir de cette chapelle qu’on a donné Saint-Marc pour second patron de notre église paroissiale.

La chapelle Saint-Martin était située à peu de distance de la forge Patin, près d’une fontaine appelée encore fontaine de Saint-Martin, au milieu d’un bois dans un vallon solitaire. Cette église dépendait du prieuré d’Hébertot et tous les dimanches l’un des vicaires allait y célébrer l’office divin. L’évêque de Lisieux, sur la demande des habitants, en donna la suppression en 1786. La cloche de cette chapelle fut déposée dans l’église de Saint-André et fut portée au district en même temps que notre seconde cloche. Il ne reste plus maintenant de la chapelle Saint-Martin qu’une statue d’évêque, très ancienne et très mal faite qui est exposée dans la chapelle de l’église paroissiale et qu’on vénère sous le nom de saint Firmin[2].



[1] Arrêt de la chambre des comptes de Normandie du 30 septembre 1699 qui maintient le droit de foire et marché à la Gohaigne.

[2] Statue non retrouvée.


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  • Dernière mise à jour : 22/01/2016